[ALTER-] Prospective
Pierre Lévy (Université d’Ottawa)

"Le futur Web exprimera l’intelligence collective de l’humanité"

01 septembre 2003

vendredi 11 juillet 2008 par Ronan

Pierre Lévy est titulaire d’une chaire de recherche du Canada en Intelligence Collective à l’université d’Ottawa. Un des principaux objectifs est de constituer une nouvelle couche sémantique du Web permettant de visualiser les processus d’intelligence collective à partir des données circulant dans le cyberespace. Plus concrètement, sur quoi pourraient déboucher ses travaux, dans le monde de l’entreprise par exemple ? C’est ce que le Journal du Net a cherché à savoir.

Propos recueillis par Pierre Lombard le 01/09/2003

DN. Depuis plusieurs années, vous cherchez à mettre au point des dispositifs, des langages informatiques, qui permettent de manipuler des connaissances. Avec un peu de recul aujourd’hui, quel est le sens de cette recherche ? Pierre Lévy. Nous disposons avec l’informatique et les réseaux de nouveaux supports de communication et d’expression symbolique. Mais ces nouvelles possibilités techniques ne sont largement accessibles que depuis dix ou vingt ans (le Web n’existe que depuis dix ans !). Je suis persuadé que l’exploitation culturelle et cognitive de ces possibilités n’en n’est qu’à son tout début. Je me situe dans la ligne de recherche dessinée dès les années 1960 par Douglas Engelbart, qui parlait d’augmentation des potentialités intellectuelles de l’humain, tant sur les plans individuel que collectif (par opposition au programme de recherche de l’IA, qui parlait de simulation de l’intelligence).

La manipulation directe des objets visuels à l’écran par la main, l’hypertexte, les icônes, les simulations graphiques interactives de phénomènes complexes, l’interconnexion générale des documents, les moteurs de recherche, les forums en ligne et les mondes virtuels multiparticipants représentent les premiers pas d’une avancée qui se poursuivra dans les années et les siècles à venir. Il s’agit d’une mutation culturelle comparable à l’invention de l’écriture, une nouvelle "couche symbolique" est en train d’apparaître. Disons que le langage oral porte l’intelligence collective de la tribu, que l’écriture porte l’intelligence collective de la ville, et que le futur Web sémantique exprimera l’intelligence collective de l’humanité mondialisée interconnectée dans le cyberespace.

L’équipe que je suis en train de réunir au Canada et dans le monde s’est clairement fixé pour tâche de contribuer à la constitution de cette troisième strate symbolique. Ce travail prolonge et synthétise mes travaux antérieurs sur les "technologies de l’intelligence", l’ingénierie de la connaissance, l’idéographie dynamique et les arbres de compétences. Je crois que j’ai maintenant atteint une certaine maturité parce que c’est la première fois que je réussis à intégrer une théorie complète de l’intelligence collective dans la construction même du système symbolique que je propose.

Vous distinguez aujourd’hui différents types de connaissances. Lesquels précisément ?

  • Les connaissances "déclaratives" sont essentiellement fondées sur des représentations, discursives, visuelles, sonores, etc. Bien entendu, les documents qui portent ces représentations ne doivent pas être confondus avec les connaissances elles-mêmes, qui supposent une capacité d’utilisation pertinente et d’interprétation créative des représentations en question. Je dirais que les connaissances déclaratives sont des "images" plus ou moins précises et élaborées du monde dans lequel nous vivons. Elles figurent la partie "perceptive" de notre intelligence. Cette perception est évidemment constructive. Elle peut être indéfiniment approfondie et diversifiée et n’est pas censée refléter un monde fixe et objectif. Les arts et les sciences sont les principaux développeurs et coordinateurs de ces connaissances représentatives à l’échelle culturelle.
  • Les connaissances "procédurales", ou compétences, sont fondées sur l’accumulation d’expérience, sur l’exercice. Elles sont essentiellement incorporées dans notre système nerveux et difficilement représentable (comme conduire un avion, diriger une équipe ou parler une langue étrangère). L’informatique peut servir de support aux exercices permettant d’acquérir ces "savoir-faire" et permettre également de mieux les gérer dans des équipes en faisant jouer intelligemment les complémentarités. Les métiers développent et coordonnent les compétences.
  • Finalement, ce qu’on appelle souvent les "savoir-être" sont de l’ordre de l’intention, de la volonté, de l’orientation de l’action, des valeurs, du relationnel. Comme les autres genres de connaissances, les intentions peuvent et doivent faire l’objet d’une activité cognitive réfléchie en vue d’un perfectionnement et d’une mise en cohérence des intentions. Les philosophies pratiques, les sagesses, les spiritualités jouent depuis longtemps un rôle de développement des intentions. Un des rôles principaux des institutions consiste à coordonner les intentions des personnes qui en sont "membres".

On retrouve les trois modalités classiques de l’esprit… et de l’action : savoir (représentations), pouvoir (compétences), vouloir (intentions). Sans finalités fortes et convergentes l’action est incohérente. Sans représentations de soi et de l’environnement, elle est aveugle. Sans coordination des compétences, elle est impuissante. Ma théorie de l’intelligence collective veut expliquer l’interdépendance pratique de ces trois modalités de la cognition humaine.

Vous voyez dans le Web une nouvelle dimension de la communication qui devrait permettre de mutualiser ces connaissances. Est-ce cela que vous dénommez Intelligence collective ? L’intelligence collective existe dès les sociétés animales, des fourmilières aux hardes de babouins. Elle accomplit un saut fantastique avec l’humain du fait du langage, de la technique et des institutions complexes qui caractérisent notre espèce. L’évolution culturelle humaine peut être considérée comme un lent processus de croissance de l’intelligence collective, qui suit un parcours en zig-zag, plein d’essais et d’erreurs, mais avec quelques grandes étapes irréversibles à long terme : inventions de l’agriculture, de la ville, de l’état, de la monnaie, de la science expérimentale, des moyens de transport modernes, etc. Les écritures idéographiques, l’alphabet, l’imprimerie et les médias électroniques ont joué un rôle important dans cette évolution culturelle vers une intelligence collective plus efficace. Dans ces derniers cas, il s’agit d’une augmentation de la puissance du langage. Il est clair qu’une bibliothèque ou un fichier manuel partagé est déjà un dispositif de mutualisation du savoir. Je crois que l’avènement du Web représente un pas de plus dans cette longue histoire.

Le Web accomplit trois grandes mutations : 1) tous les documents et tous les types de représentation sont virtuellement interconnectés. 2) Tout document présent en un point du réseau est virtuellement présent partout dans le réseau. 3) Les signes ont acquis une capacité d’action et d’interaction autonome grâce au logiciel. La culture dont nous avons hérité est construite sur d’autres prémisses… Il va nous falloir plusieurs générations pour comprendre et exploiter au mieux ces transformations dans le sens d’une amélioration de l’intelligence collective.

Comment arrive-t-on à la notion d’écosystèmes d’idées ? Les sciences humaines telles que l’économie, la sociologie, la psychologie, etc, étudient chacune un aspect de la vie culturelle. Je crois que c’est précisément ce découpage disciplinaire qui empêche l’émergence d’une véritable science de l’homme. Les sciences de la nature se sont constituées au XVIIe siècle à partir d’une unification de l’espace, d’une suppression des barrières imaginaires qui séparait le monde céleste et le monde sublunaire (terrestre) dans la cosmologie médiévale. La loi de la gravitation est universelle, elle s’applique aussi bien à une pomme qu’à une planète et aussi bien sur une étoile que dans ma cuisine. Il est temps de réaliser cette unification, cette tombée des cloisons, dans l’étude de l’univers culturel.

La notion d’écosystème est particulièrement intéressante parce qu’elle permet de penser en même temps l’interdépendance dans un même espace (l’unité), la diversité des espèces, l’évolution et le changement. Ainsi, il devient possible de suivre l’intégralité des cycles de transformation dans l’univers symbolique (ou culturel) au lieu de s’arrêter au petit bout de circuit disciplinaire. Que dirait-on d’un biologiste qui prétendrait expliquer tout un écosystème en n’étudiant que les plantes ? Ou d’un autre qui voudrait tout expliquer à partir des insectes ? D’un troisième qui ne considérerait que les mammifères ? Eh bien, dans l’étude du fonctionnement des sociétés humaines, nous en sommes là… Quant à la notion d’idée, il faut la prendre au sens technique que je lui donne dans ma théorie de l’intelligence collective : il s’agit de formes vivantes en interaction, qui se reproduisent, évoluent et ne peuvent subsister qu’en symbiose avec des sociétés de primates parlants. Donc une voiture, un poème ou une entreprise sont des idées parce qu’elles n’existent pas dans le monde animal et jouent dans la vie culturelle le rôle actif que je viens de décrire. Mon concept d’idée est essentiellement pragmatique.

Quel est précisément l’intérêt de cette notion dans le monde professionnel, dans le monde de l’entreprise ? Je crois qu’elle permet de saisir l’interdépendance des dimensions financières, managériales, marketing, production, technique, relationnelle, émotionnelle, humaine, cognitive, documentaire, "culturelle" et autres. Dans les années à venir, une part croissante des actes accomplis par une entreprise passera par le cyberespace ou laissera des traces dans le cyberespace. Toutes ces données pourront être traduites dans un modèle visuel, analytique et synthétique de l’intelligence collective de l’entreprise, autorisant des simulations et constituant un support d’aide à la décision.

Mon hypothèse est évidemment qu’il existe une forte corrélation entre l’intelligence collective d’une entreprise (l’équilibre dynamique de toutes ses dimensions) et ses performances économiques durables. Une meilleure compréhension de l’environnement de l’entreprise ou de l’administration publique pourra être obtenue exactement de la même manière et pour les mêmes raisons. Le prix à payer pour ce gain d’intelligibilité sera l’apprentissage de la "langue de l’intelligence collective", qui traduira les données textuelles, numériques, statistiques et transactionnelles en symboles visuels synthétiques, en relation dans un espace tri-dimensionnel.

Avec la notion de Web sémantique, vous définissez un espace virtuel où les hyperliens pointeraient non plus sur des documents (textes ou images) mais sur des concepts. Comment cela fonctionnerait-il ? Dans le modèle que je propose avec mon équipe, l’espace sémantique sera représenté par une architecture virtuelle, une sorte de "ville abstraite" à plusieurs échelles pertinentes de représentation. Cette ville est une sorte de miroir de l’intelligence collective qui abritera six "quartiers" correspondant aux représentations mentales (1), aux compétences (2), aux intentions (3) - on reconnaît les trois sortes de connaissances -, ainsi qu’aux réseaux de messages (4), aux réseaux sociaux (5) et aux réseaux techniques (6) - on reconnaît là les trois sortes de "réalités" qui composent les univers humains.

Chacun des quartiers de cette ville virtuelle aura la forme d’une roue à huit rayons. Les cubes qui composent ces roues abriteront des "zones sémantiques". Chacune de ces zones sera signalée par un idéogramme de la langue de l’intelligence collective. Les parties de la ville (roues, cubes) exhiberont de manière détaillée les liens qu’elles entretiennent avec les autres parties. Les objets informationnels (sciences, arts, métiers, institutions, documents, messages, personnes, équipements) seront représentés comme des êtres qui relient les différentes parties de la ville en transportant des ressources d’une zone à l’autre. En visitant la ville, on découvrira donc la structure des relations entre les zones sémantiques, c’est-à-dire la structure de l’intelligence collective considérée, que ce soit à l’échelle d’un document, d’une entreprise, d’une ville, d’un pays, ou (à la limite) à l’échelle de tout ce qui circule sur le Web.

Chaque objet ou acteur pourra être visualisé dans cet espace virtuel en relation avec d’autres objets, et on pourra également s’en servir comme d’un moteur de recherche. La grande différence avec les moteurs de recherche classiques est que tous les objets seront représentés en contexte et sur le même "fond de carte", ce qui permettra de faire des comparaisons pertinentes et d’obtenir des vues d’ensemble.

Dans combien de temps peut-on espérer aboutir à des résultats concrets dans ce domaine ? Quelles pourraient être les applications professionnelles du Web sémantique ? Dans trois ans, une première version de l’outil (open source) de représentation et de simulation de l’intelligence collective est prévue. Deux ou trois ans de plus pour un premier "moteur de recherche" utilisant ce langage visuel sur le Web à partir d’une indexation sémantique des documents et transactions. Le résultat de cette deuxième phase arrivera peut-être plus tôt, tout dépendra évidemment des problèmes rencontrés et des ressources humaines et financières que nous serons parvenus à obtenir. Je suis confiant car le besoin d’une intégration cohérente des données se fait de plus en plus sentir dans tous les domaines. Le travail informatique proprement dit sera dirigé par le professeur Abed El Saddik, de l’Université d’Ottawa.

Pour répondre à votre question sur les applications professionnelles, j’ai un peu de mal à les distinguer des autres. Je n’envisage pour l’instant que des applications "sérieuses", puisque, par hypothèse, l’intelligence collective est étroitement corrélée à la situation démographique, à la santé publique, au niveau d’éducation, à la prospérité économique, à la vitalité des arts et de la recherche scientifique, à la participation démocratique et aux droits de l’homme. Il s’agit donc d’une approche entièrement orientée vers le développement humain dans toutes ses dimensions. Cela explique que l’organisation panaméricaine de la santé soutienne officiellement notre projet de recherche.

Comment se situent vos recherches sur le Web sémantique par rapport à celles du W3C et son langage OWL par exemple ? Le fondement de mon approche du Web sémantique est exactement celle de Tim Berners-Lee (le créateur du Web, ndlr) : Il nous faut un système d’adressage dans le cyberespace qui ne soit pas fondé sur la localisation physique des documents dans les serveurs mais sur la signification. Le travail du W3C est remarquable et va certainement dans la bonne direction. Néanmoins, le W3C n’a pas proposé pour l’instant d’ontologie universelle qui puisse servir de base à un système général d’adressage sémantique. C’est précisément ce que je propose. Mon projet n’est nullement une alternative aux travaux du W3C mais offre au contraire la pièce qui leur manque. Je précise que l’ontologie universelle, fondée sur la théorie de l’intelligence collective, n’a pas vocation à supprimer la multitude des ontologies locales, bien au contraire puisqu’elle permet de les distinguer et de les comparer. Elle se contente de les traduire.

Vous avez également développé une langage idéographique. Il s’agit de formaliser nos perceptions, nos actions ? Dans quel but ?

L’avantage des écritures idéographiques est qu’elles sont indépendantes des langues naturelles, comme le sont la notation des nombres ou les idéogrammes chinois (qui peuvent être lus en mandarin ou en cantonais, par exemple). Les idéogrammes de la langue de l’intelligence collective jouent le rôle de "personnages" élémentaires du monde des idées qui condensent le contenu d’un grand nombre de liens, de transactions et d’informations ayant des fonctions voisines dans l’écosystème de l’intelligence collective. Ces idéogrammes représentent des zones sémantiques beaucoup plus vastes que les mots des langues naturelles, ce sont des sortes de "codes postaux" du cyberespace capables de visualiser les ressources informationnelles et les dynamiques transactionnelles qui passent par eux. Ils permettent également de simuler des écologies d’idées. Ces idéogrammes pourront devenir nos partenaires dans le pilotage de l’intelligence collective à l’époque de la cyberculture, comme les idéogrammes statiques et les caractères alphabétiques l’avaient été à l’époque des civilisations nées de l’écriture.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez aujourd’hui, sur le plan technique, sur les plans des usages ? Sur le plan technique c’est l’indexation automatique et les questions de formats de documents qui posent le plus de problèmes, autrement dit le niveau intermédiaire entre l’information elle-même et sa projection sur les cartes de l’intelligence collective. Pour le reste, il est encore trop tôt pour le dire, mais "l’étrangeté culturelle" de l’entreprise va certainement nécessiter un gros effort pédagogique et méthodologique.

Vous comptez développer une communauté autour de la notion d’intelligence collective ? Quelle sera précisément son rôle ? L’équipe qui travaille sur ce projet est composée pour moitié de spécialistes des sciences humaines et pour l’autre moitié de spécialistes des technologies de l’information. Ces gens sont dispersés dans de nombreux pays, principalement en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe (pour le moment). A terme, notre but est de constituer un champ de recherche et d’enseignement à part entière à l’échelle internationale. La question de la coordination de la diversité est donc centrale. En France, un premier groupe de réflexion s’est constitué autour de Philippe Durrance et Jean-Michel Cornu, de la FING. L’université de Limoges offre déjà un DESS en management de l’intelligence collective, animé par Guy Casteignau, qui est aussi le responsable du campus numérique de cette université. Un master international et divers doctorats sont à l’étude au Canada et au Brésil. Outre les membres de l’équipe scientifique proprement dite, un grand nombre de personnes, de consultants, d’organisations internationales, d’entreprises, d’administrations s’intéressent à cette problématique de l’intelligence collective. Le rôle du futur "Collective Intelligence Network" est de constituer une sorte de communauté de pratique internationale sur ce sujet. Ce club d’échanges d’idées, de méthodes et d’outils réunira aussi bien des membres de la communauté académique que des responsables d’entreprises, des animateurs d’ONG ou des cadres d’administrations publiques. L’intelligence collective est une pratique ouverte et positive de la transversalité.

Pierre Lévy, 47 ans, docteur en philosophie, s’intéresse depuis le début des années 1980 à la signification des technologies numériques dans nos sociétés. Professeur au département hypermédia de l’université Paris-VIII, puis à l’université du Québec, il obtient à l’université d’Ottawa en 2002 la chaire d’intelligence collective rattachée aux départements de communication et de psychologie cognitive. Penseur original et auteur prolifique, Pierre Lévy a publié une douzaine d’ouvrages dont La machine Univers (1987) sur les implications culturelles de l’informatisation et ses racines dans l’histoire de l’Occident. Son dernier ouvrage Cyberdémocratie, essai de philosophie politique (Odile Jacob, Paris, 2002), explore les nouveaux chemins de la vie publique dans la cyberculture. Pierre Lévy a également contribué à fonder en 1992 la société Trivium, qui développe et commercialise le logiciel et la méthode des arbres de connaissances.

En savoir plus

Articles OWL : nouvel outil pour le Web sémantique (22/08/03) Travaux du W3C autour du Web sémantique (10/04/03) A lire ailleurs Pour l’intelligence collective (article de Pierre Lévy paru dans Le Monde diplomatique d’otobre 1995)


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