[ALTER-] Prospective
Avril 2003

Quelques échanges lors de la Rencontre Internationale de Prospective du Sénat

L’ENERGIE : RÉFLEXION PROSPECTIVE SUR LES CHOIX STRATÉGIQUES

lundi 19 mai 2008 par Ronan

Pour M. Gérard Friès, directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP), il reste du pétrole pour un environ un siècle,

M. Christian Stoffaës, directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF, président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe, n’est pas "convaincu de la réalité du changement climatique et de l’effet de serre"

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Le rapport

Intervention de M. Denis Cheissoux, producteur à France Inter

Qu’en est-il exactement des ressources en pétrole aujourd’hui ? Les réserves sont-elles suffisantes pour les années à venir ?

Intervention de M. Gérard Friès, directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP)

Nous pourrions mener un long débat sur le sujet des réserves… La Bourse de New York exige de la part des sociétés pétrolières des critères très stricts concernant les méthodes de comptabilisation : selon ces critères, les réserves couvriraient environ 40 années au rythme de la consommation actuelle. On peut ajouter à cela environ 40 autres années si l’on y adjoint les réserves qui restent encore à découvrir, et il faut ajouter encore tous les pétroles non-conventionnels : sables asphaltiques, schistes bitumineux, pétroles extra-lourds, etc. Les réserves totales couvriraient donc les besoins sur un siècle ou un siècle et demi. Par ailleurs, des technologies sont actuellement en œuvre pour la transformation du gaz ou du charbon vers le liquide.

Pour le gaz, les chiffres de réserve sont à peu près équivalents, mais avec une consommation mondiale inférieure, donc avec des réserves ultimes un peu plus importantes.

Intervention de M. Denis Cheissoux, producteur à France Inter

Cette consommation est-elle compatible avec une bonne protection de l’environnement ?

Intervention de M. Gérard Friès, directeur général adjoint de l’Institut français du pétrole (IFP)

J’insisterais sur le fait que la technologie a permis de faire des progrès considérables. Ainsi les technologies de dépollution sur les polluants réglementés, comme les oxydes d’azote et les particules, ont permis de faire que dans 2 ans les véhicules émettront des polluants réglementés à un niveau 10 fois moindre qu’en 1990. Les contraintes normatives très fortes en Europe, concernant tant les carburants que les véhicules, ont permis de nettement diminuer les taux de pollution.

Reste l’enjeu de l’émission des gaz à effet de serre par le secteur industriel et par les transports. La réduction des émissions unitaires est un premier élément de réponse : ainsi les véhicules consomment bien moins de carburant qu’il y a quelques années, et l’on peut envisager de baisser encore sensiblement cette consommation. Nous irons aussi vers la substitution des énergies et vers la décarbonisation du système énergétique.

Il a été fait allusion à la séquestration du CO2 : je précise à ce sujet que l’Europe est mobilisée dans le cadre du programme qu’elle a lancé. Les appels d’offres ont été reçus en mars dernier. L’IFP s’est investi très largement sur cette thématique, en association avec de grands centres européens de recherche, des laboratoires scientifiques et des industriels. Les résultats dans ce domaine sont attendus à échéance de 5 ans.

Concernant l’aspect économique, la filière des hydrocarbures stricto sensu est le troisième exportateur français après l’agroalimentaire et l’automobile. Elle représente une industrie de pointe sur le plan international. Je soulignerai aussi le rôle qu’elle joue dans le domaine de la formation dans les pays en voie de développement, formation de techniciens ou d’ingénieurs de haut niveau.

Intervention de Mme Dominique Dron, présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre

Concernant l’intégration des pays en développement dans la maîtrise de l’évolution climatique, il faut prendre en compte le fait que ceux-ci ne « bougeront » pas tant que les pays industrialisés n’auront pas montré qu’ils sont effectivement entrés dans un cycle d’accroissement de performances en énergie et en gaz à effet de serre : ils veulent d’abord un signal incontestable leur prouvant que l’économie et la demande iront bien en ce sens rapidement. Parallèlement, le premier souci de ces pays est économique ; et entre autres, ils ne veulent pas construire plus de centrales que nécessaire. Leur demande explicite d’économie d’énergie et de politique institutionnelle sur ce sujet est donc forte : ce point me semble très positif.

Je reviendrai par ailleurs sur la question de la séquestration du CO2. Il serait évidemment bénéfique que les sources concentrées de CO2, comme les centrales à charbon, fonctionnent pendant plusieurs décennies avec séquestration. Mais cela laisse entière la question des émissions de CO2 liées notamment à l’utilisation du pétrole dans les transports, source diffuse s’il en est. Enfin, nous disposons de puits naturels : les forêts et les océans. Si la température moyenne continuait de s’élever, il serait à craindre que d’ici une trentaine d’années ces puits perdent 20 à 30 % de leurs capacités d’absorption : c’est une possibilité qui doit nous inquiéter.

Intervention de M. Christian Stoffaës, directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF, président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe

En prospective, tout dépend du point de vue d’où l’on parle… Du point de vue d’EDF, l’entreprise a intérêt à ce que le débat sur l’effet de serre se propage, puisque notre production d’électricité est quasiment décarbonisée. Cela permettrait de remettre le nucléaire en débat, domaine où la France est isolée dans le monde. J’ai eu le privilège de participer à toutes les conférences internationales sur le climat depuis leur origine en 1992 à Rio de Janeiro. J’ai l’honneur de connaître nombre d’éminents spécialistes en la matière. Enfin, j’ai aussi beaucoup lu sur ce thème – en particulier les rapports d’évaluation publiés régulièrement par les scientifiques du panel climat. Ces précautions étant prises et en tant que scientifique, je ne suis pas convaincu de la réalité du changement climatique et de l’effet de serre. Je ne dis pas que le réchauffement est faux, mais la preuve n’est pas faite, tout simplement, parce qu’elle ne peut être faite à l’échelle des temps géologiques où l’analyse se situe. D’ailleurs, si la preuve était faite, pourquoi parlerait-on du principe de précaution ? Comme le rappelle Roger Guesnerie, les ressources en pétrole, gaz et charbon seront épuisées sans doute dans deux ou trois siècles Autrement dit la combustion de la totalité du carbone existant sur notre planète aura un effet limité sur la concentration en CO2 de l’atmosphère. En fait, la question de la vérité scientifique est d’une certaine manière dépassée. Le réchauffement climatique est devenu ce que l’on appelle un « mythe fondateur » : on ne se préoccupe plus de savoir s’il y a à son origine une rationalité scientifique à partir du moment où un certain nombre de forces politiques et sociales en ont fait un thème majeur. Une idée fausse est un fait vrai ; et le climat n’est pas une idée fausse seulement une présomption non démontrée. L’important est que ce thème devenu mondial engendre des mutations technologiques, des repositionnements utiles en tout état de cause. Le climat a servi de pôle de rassemblement mondial pour le mouvement écologique et la communauté scientifique internationale, tout en constituant des liens entre la science et la politique, et donc la démocratie. Les expert scientifiques jouent aujourd’hui un rôle majeur sur nos choix politiques. Il est donc important de réfléchir à la relation science et société.

Intervention de M. C. Pierre Zaleski, délégué général du Centre géopolitique de l’énergie et des matières premières à l’Université Paris IX-Dauphine

À propos de la fusion nucléaire, Monsieur Guesnerie indiquait que les ressources d’uranium pour la fission nucléaire étaient elles, comme les ressources fossiles, limitées. Ceci est vrai pour l’uranium naturel si on utilise les technologies actuelles de réacteurs à eau légère. Mais il faut noter que des technologies mises au point industriellement et fonctionnant dans plusieurs pays - je parle de surgénérateurs - multiplient les ressources d’uranium de manière très importante : on utilise mieux l’uranium et l’on peut faire appel à des minerais très pauvres. On a alors des ressources pour des millénaires. Il ne faut pas, je crois, écarter trop vite des technologies actuellement au point au bénéfice d’hypothétiques progrès concernant des technologies futuristes.

Intervention de M. Roger Guesnerie, professeur au collège de France et membre du Conseil d’analyse économique

Revenant sur la question géopolitique, je préciserai que l’Inde, la Chine et le Brésil, trois grands pays en développement, sont aussi des pays menacés par le changement climatique. C’est un élément important dans l’évaluation géopolitique du problème.

Par ailleurs, je signale que je n’ai pas dit que lorsque l’on remettrait dans l’atmosphère l’ensemble des carburants fossiles, il ne se passerait rien, au contraire : à 1 400 ppmv, personne, semble-t’il, ne peut dire si la planète sera encore viable…

Enfin, concernant l’effet de serre dû aux émissions de gaz par l’activité humaine, je ne suis pas d’accord avec Monsieur Stoffaës, au moins sur un point : il n’est pas nécessaire qu’il y ait certitude scientifique sur un danger pour que l’action soit légitime : c’est ce que formule en toutes lettres la version du principe de précaution contenue dans la loi Barnier. Quand à la pertinence de l’action engagée dans le cadre du protocole de Kyoto, compte tenu du savoir disponible, le rapport du CAE essaie d’exposer avec un maximum d’objectivité les positions des uns et des autres et travaille à partir de cela.

Intervention de M. Christian Stoffaës, directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF, président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe

Pensez-vous que la preuve scientifique soit apportée ?

Intervention de M. Roger Guesnerie, professeur au collège de France et membre du Conseil d’analyse économique

La preuve qu’il faut agir économiquement est apportée…

Intervention de Mme Dominique Dron, présidente de la Mission interministérielle de l’effet de serre

Quelqu’un dans cette salle sait-il quand la preuve scientifique, à l’échelle du mécanisme moléculaire, du rôle du tabac dans le cancer du poumon a été apportée ?… En 1996 ! Heureusement que l’on n’a pas attendu cette « preuve incontestable » pour agir, en s’appuyant sur des raisonnements statistiques issus des observations épidémiologiques ! La capacité de l’Humanité à préférer croire globalement aux bonnes nouvelles, même sur de faibles indices, et à refuser les mauvaises, même si les indices scientifiques sont très forts, m’a toujours fascinée.

Intervention de M. Christian Stoffaës, directeur de la prospective et des relations internationales d’EDF, président d’Initiative pour les services d’utilité publique en Europe

Je ne dis pas ne pas croire à l’effet de serre. Je dis simplement que la preuve scientifique n’en est pas apportée.


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